mars 8, 2021 Mon quartier rêvé

Dans mon quartier rêvé les sens sont stimulés, l’habitude est rompue et les bagages sont légers.

Nous sommes le 13 avril 2021. Dans mon quartier rêvé je vois des enfants qui courent entre les débris des anciennes unités de fabrication.

C’est bientôt l’heure du partage. Je me dirige vers la cantine. Pour cet hiver, nous nous sommes arrêtés au quartier Transit Ouest 5. Nous aurions préféré Transit Sud 8, mais les espaces étaient déjà tous occupés. Nous y avons passé la nuit avant de reprendre la route. Ici, l’air est plus humide. Avec le froid, c’est moins agréable.

En revanche, la présence d’anciennes usines offre l’opportunité d’apprendre de nouvelles connaissances en mécanique et donc de pouvoir réparer le matériel, surtout la sourceuse d’énergie. D’ailleurs, il faut que je me lave les mains. Je fais un rapide détour par les arches métalliques colonisées par les plantes grimpantes. Plusieurs passages d’occupants ont permis de dissimuler le squelette de métal sous une frondaison colorée, même en hiver.

Au point d’eau, jeu de tuyauterie et de pendule, mon prochain cours, je me rince les doigts. J’entends le son du premier gong qui appelle tous les occupants. Le bruit du vent porte loin dans la plaine. Cela permet à chacun d’entendre et donc de venir pour participer aux débats et prises de décision.

A mesure que j’approche, l’odeur de rouille et d’humus est masquée par celle d’un repas qui se promet alléchant. Nous reprendrons la route prochainement, dans une semaine, davantage peut-être. Rester, stationner dans un Transit n’est pas bon, n’est pas sain. Les vieux réflexes de propriété reviennent et créent de la tension. Parmi la première génération de Transit plusieurs ont été détruits. Les occupants s’étaient trop attachés au lieu, à l’espace qu’ils partageaient. Un conflit a éclaté. Le Transit, tout le savoir accumulé, les expérimentations, les messages, les histoires de vie a brulé une nuit….

Dans l’un des Transit a germé l’idée de créer une charte commune du fonctionnement des Transits. A mesure des séjours, elle a été amendée et enrichie. Puis sa forme s’est stabilisée. Aujourd’hui, tout enfant la connaît par cœur. Chaque Transit, selon ses particularités agrémente cette charte. Cependant, y déroger c’est s’exposer à de graves difficultés pour soi et ses proches. On se retrouve sur la route illico presto et tagé sur le mur d’accueil du Transit.

J’ai appris cette histoire lors d’un cours commun d’histoire. Finalement, c’est plus riche ainsi, riche de découvertes, de partages, d’enrichissements. Je me fais de nouveaux amis régulièrement. Puis, les sens sont stimulés, l’habitude est rompue et les bagages sont légers.

Récit proposé par Naoura

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